dimanche 7 décembre 2025
FLECHETTES
Tout le monde n'a pas eu de plaisir à tirer aux fléchettes sur ma copie de La femme à la puce de Georges de La Tour. Je n'oblige personne. Pour moi c'est une planche peinte. Et elle ne sera terminée que quand les trous des fléchettes autour de la puce (écrasée entre deux pouces) auront formé un réseau suffisamment dense.
ACCROCHAGE 04
Chères amies et chers amis, chères collectionneuses et chers collectionneurs, chères et chers collègues,
J’ai accroché dans l’atelier quelques petites nouveautés dans l’esprit du marché de Noël : vous y trouverez des bouteilles peintes (et bues par des Marseillais), des tentures qui pourront servir de serviettes de plage dès les beaux jours, de splendides torchons aux nouveaux motifs… Tout cela dans l’esprit du Singe-Peintre qui a aussi réservé une surprise à son effigie.
Tout cela est visible sur rendez-vous, avec un moment convivial/coup à boire le dimanche 14 décembre de 11h à (au moins) 14h, à deux pas du marché de Libourne.
mercredi 17 septembre 2025
ACCROCHAGE 03
Dans le cadre de La Tournée, l'atelier sera ouvert du jeudi 25/09 au dimanche 28/09, puis du mercredi 01/10 au dimanche 05/10, de 10h à 19h. Une nouvelle copie d'après Georges de La Tour sera à terminer d'après des instructions précises.
vendredi 22 août 2025
mercredi 23 juillet 2025
TROIS VERSIONS
J'ai copié trois fois l'Hippomène et Atalante de Guido Reni.
D'abord dans les années 2010, à la gouache, d'après la version du Prado à Madrid. Ce qui m'importait à l'époque, c'était de peindre vite : en deux heures, il fallait que ce soit terminé.
En 2024, suite à une visite au Louvre où la version de Capodimonte de Naples était prêtée, j'ai fait une autre copie, subjugué par la couleur de cette version.
Et en 2025 je viens de terminer une troisième copie, cette fois d'après l'exemplaire retrouvé dans les réserves du musée de Libourne et restauré sous mes yeux (et ceux du public) par Sophie Jarrosson. C'était une expérience temporelle unique : la lenteur nécessaire à la restauratrice pour faire revenir l'image d'une course de vitesse entre deux jeunes gens.
lundi 14 juillet 2025
ORNEMENT
L'ensemble s'appelle L'Ornement au cimetière.
TORCHONS
Cinq torchons ont été édités pour Marseille, aux motifs de mes deux copies du "Loth et ses filles" de Lucas van Leyden. L'un reprend la Table de Marseille, les quatre autres permettent de reconstituer la copie en quatre feuilles que j'ai exposée au moulin de Constance l'an dernier.
VERNISSAGE
Le 16 mai 2025, vernissage de l'exposition de groupe "La peinture, ça n'appartient pas", organisée par Nadia Lichtig et Renaud Bézy à Turbulence, la galerie d'AMU à Marseille. J'y expose en compagnie des deux susnommés mais aussi de :
Fabienne Audéoud, Nathalie Contenay, Olivier Gourvil, Diane Guyot de Saint Michel, Charlie Hamish Jeffery, Jasmine Justice, Pascal Laborde, Adriana Lara, Anke Lohrer, Colombe Marcasiano, François Nouguiès, Édouard Prulhière, Bernhard Rappold et Larissa Wallner, Florence Reymond, Katharina Schmidt, Gregg Smith, Julie Vayssière, Christophe Viart.
Mon travail a consisté à offrir le vin du vernissage : sur une table peinte au motif de "Loth et ses filles" par Lucas van Leyden, les bouteilles aux étiquettes peintes sont servies en continu jusqu'à épuisement du stock.
Les bouteilles vides sont posées au sol : l'exposition continue sous la table.
ETIQUETTES
18 étiquettes de bouteilles de "L'R de Rien", vin de Bordeaux élaboré par François des Ligneris, ont été peintes à l'huile aux motifs d'un tableau de Lucas van Leyden. Le vin sera servi lors du vernissage de l'exposition "La peinture, ça n'appartient pas", à la galerie Turbulence de l'Université Aix-Marseille.
lundi 23 décembre 2024
A LA PLAGE
Tout début novembre 2024, une température clémente a permis à l'équipe RUBENSHUIS 2 de faire une séance de photos à la plage avec les nouvelles serviettes, aux motifs repris à Chardin, Poussin, G. de La Tour, Guido Reni.
Elle peuvent être accrochées au mur d'un centre d'art ou allongées sur le sable. Les deux situations leur conviennent.
mardi 17 décembre 2024
PIETER AERTSEN
Vue brièvement à l'atelier avant son départ pour une collection privée, cette grande copie d'après Pieter Aertsen, à l'huile sur 9 feuilles de papier.
INTRODUCTION AU DEBAT DE LORMONT 17/12/2024
Bonjour, je m’appelle Philippe Baryga. Je vis depuis une dizaine d’années à Libourne, mais ma formation artistique s’est déroulée à Lille, dans le nord de la France. C’est une région frontalière, et je passais mon temps à aller voir des expositions d’art contemporain en Belgique, en Hollande, en Allemagne, qui étaient des pays très actifs dans ce domaine. Je ne jurais que par l’art contemporain, un art qu’on qualifiait de radical. Vous connaissez ce mot, c’est un terme de grammairien et de botaniste qui désigne la racine. Un art radical questionne les racines mêmes de l’art, il agit en profondeur. Radical, ça signifie aussi qu’il y a rupture avec le passé. Je n’ai pas toujours eu un rapport épanoui avec l’histoire de l’art.
Dans ce milieu de l’art contemporain, il y a un événement important, c’est la biennale de Venise, où l’on voit l’art le plus récent, le plus avancé. Je me suis rendu à la biennale de Venise en 1999, et là j’ai été complètement retourné. Je logeais dans une petite maison à côté de laquelle il y avait une autre maison qui portait une plaque : ici a vécu Véronèse. J’étais le voisin de Véronèse, et dans les églises, tout autour, je voyais des tableaux ou des fresques de Véronèse, de Tintoret, de Bellini, de Carpaccio.
J’ai eu l’impression d’être chez moi : je comprenais leurs couleurs, leurs formats, le rapport à la narration, les effets de motifs ou de textures. Comme j’étais venu pour de l’art actuel, je ne voyais pas ces tableaux comme de l’art ancien, ils étaient aussi actuels que ce que je voyais à la biennale. Ça, c’est une posture qu’on appelle post-historique, et qui consiste à considérer que tout art m’est contemporain puisque je le considère ici et maintenant. J’ai commencé à copier des tableaux des 15e, 16e, 17e siècles, à la gouache sur papier, en allant assez vite. C’est dans cet état d’esprit et ces conditions qu’a été réalisée cette petite gouache d’après Georges de La Tour.
Il y a toute une histoire de la copie en art. Matisse a beaucoup copié Chardin, par exemple. Picasso a copié Delacroix, Manet, Poussin. Je donnais à l’époque un cours d’histoire de l’art à la fac. Et plutôt que d’expliquer des chefs d’œuvre dans l’ordre chronologique, ce qui est assommant, j’ai commencé à demander aux étudiants de choisir un vieux tableau européen, d’avant 1800. Ils avaient 3 heures pour le copier – alors que ce n’étaient pas des peintres ou des artistes- et ensuite ils pouvaient m’en parler, me l’expliquer. C’est une pédagogie de l’art par la copie. Dans toutes les écoles d’art provinciales, on se prête à cet exercice de la copie, c’est très humble : on assume qu’on n’invente absolument rien. Dans le domaine de la musique populaire, ça s’appelle la reprise.
Depuis plus récemment, j’ai choisi plus consciemment de copier des tableaux qui présentaient une certaine actualité. C’est le cas de celui-ci qui montre la famille de Loth fuyant la destruction de leur ville, Sodome. Des anges déclenchent une pluie de météores, on appelle ça « le feu du ciel ». C’est un bombardement. Quand j’ai commencé à copier ce tableau sur 4 feuilles, on voyait les Iraniens qui lançaient des roquettes sur Israël, et les défenses anti-aériennes qui tiraient sur les roquettes. C’était à peu près la même image. Loth et sa famille ont connu la fin du monde, ils y ont survécu, et après il va encore se passer des horreurs. Tout cela est très actuel. La peinture flamande du 16e siècle est une peinture complètement psychotique, parce que les gens ont vécu des horreurs, ils ont pensé des horreurs, et tout cela se stratifie dans ces tableaux très précis et très dramatiques qui sont peints à la peinture à l’huile sur bois.
Georges de La Tour est assez différent. Il est Lorrain pendant la guerre de Trente ans, donc lui aussi a vu des horreurs. Et il fait des tableaux très méditatifs, très introspectifs que je trouve magnifiques. Il a fait trois versions de la Madeleine à la veilleuse, c’est une histoire tirée du Nouveau Testament mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. J’ai vu la version du Louvre, très souvent. J’ai vu une fois la version de New York. Mais la version de Washington, jamais. Alors je l’ai copiée avec les documents dont je disposais, pour la voir. Et tant qu’à faire j’ai copié aussi les deux autres, pour savoir à quoi ressembleraient les trois accrochées sur le même mur.
Quand je peins un tableau comme ça, je suis dans le présent de la peinture. Je suis dans le temps post-historique. Je parle au présent : purée, il est fort le collègue. Il a combien de pigments différents ? Je parle à La Tour aussi : tu as fait exprès que ton gros livre ressemble à une pierre taillée ? Ce n’est pas tant un travail de peinture qu’un travail d’analyse et de dialogue. Pour moi, je réalise simplement mon travail de spectateur, mais je le fais mieux et plus longtemps avec les pinceaux à la main.
Et à la fin, j’ai trois copies qu’un étudiant d’école des beaux-arts de Pékin aurait fait bien mieux que moi. Alors qu’est-ce que j’en fais, maintenant ? J’ai eu une idée, et c’est de cette idée que je voudrais qu’on discute. J’ai voulu tester la résistance de ces tableaux. Je me suis dit, je pourrais tirer sur l’un, brûler le second, attaquer le troisième à coups de hache… Vous vous souvenez, en 2015 des terroristes ont tiré dans le musée du Bardo, en Tunisie, il y a eu 24 morts. Un peu plus tard on a eu des morts en France, dans un contexte de culture aussi, ce n’est pas un hasard. Comme je connais un tireur sportif, très compétent, médaillé, qui s’appelle Benoît Ruiz, je lui ai demandé s’il pouvait tirer sur ces tableaux à l’arme automatique.
Ce n’est pas évident du tout. On est dans un champ de tir, très sécurisé et surveillé. Si j’ai le droit d’être là, c’est qu’on a vérifié mes antécédents judiciaires. On n’a pas le droit de tirer en rafale. Et normalement on n’a pas le droit de tirer sur une cible à forme humaine. Il y a eu une exception ici parce que c’est un projet artistique. Et Benoît Ruiz m’a demandé où il fallait qu’il tire, parce qu’il est à 50 mètres de distance et qu’à 50 mètres il atteint n’importe quel point que je lui désigne. Alors c’est devenu –et ça m’a troublé- une continuation de l’acte de peinture : je lui demandais de tirer dans les zones noires, bouchées, pour les animer un peu. J’ajoute que je déteste les armes à feu, cet environnement du champ de tir est pour moi très stressant. Mais c’est aussi un milieu où les gens regardent, se concentrent… Ce n’est pas la méditation esthétique devant une œuvre d’art, mais ça y ressemble quand même.
J’avais déjà travaillé avec Benoît Ruiz sur un autre projet qui consistait à tirer sur un tableau qui représentait une arme du far west, un colt 45 de 1860, avec l’arme la plus proche possible. Ça a été dans ce cas une réplique d’un Remington de 1863, pour laquelle il faut fabriquer soi-même ses munitions, c’est-à-dire faire fondre du plomb pour fabriquer des petites sphères de calibre 11,43mm qui, selon la quantité de poudre qu’on met ensuite dans le logement du barillet, peuvent transpercer une épaisse planche de bois à 500 mètres de distance. Ce sont des armes effroyables, dont le maniement est très difficile, mais le résultat, sur mes tableaux, ce sont des petits trous bien nets qu’on croirait faits à la perforeuse. Vous ressentez peut-être qu’il n’y avait rien de viscéral dans les tirs : c’était une sorte de jeu intellectuel entre l’arme réelle et sa représentation, un peu à la Magritte : ceci n’est pas un revolver.
Maintenant je souhaite vraiment vous entendre, parce que le sens des trois copies de Georges de La Tour m’échappe, lui, à peu près complètement. Qu’est-ce que ces tableaux racontent ? Et comment les ressentez-vous ? Et sur qui, en définitive, a-t-on tiré ?


