samedi 10 octobre 2026

OBJETS : UN BILAN




 Je crois que c'est notre amie, l'irremplaçable Corine, qui nous avait demandé à Laurence Nourisson et moi: "mais pourquoi n'exposez-vous pas ensemble?" On avait bien ri, et répondu que nos travaux ne s'accorderaient pas du tout...

 

Et quelques mois plus tard, j'expose chez Laurence, certes de manière séparée : j'investis le rez-de -chaussée de sa maison, et elle ouvre son atelier rempli de projets en cours et d'autres plus anciens, dans un simili-désordre stimulant.

 

Ce qui nous a réunis, c'est la notion d'objet : Laurence Nourisson travaille beaucoup à partir d'objets, notamment textiles (draps d'hôpital, chemises d'homme...), elle fabrique des objets superbes et glaçants (ses globes de mariage, les moulages de son corps). Et moi je me considère comme un peintre qui veut faire autre chose que des tableaux, en me rattachant à des traditions occidentales d'avant l'invention du musée et la standardisation qu'il a opéré dans le choix des artefacts autorisés à y figurer et dans la relation qu'il impose entre ces artefacts et les usagers. C'était le thème de ma conférence "L'art domestique" prononcée le 2 octobre 2026. Avec des boucliers peints, des tables peintes, des coffres peints, des clavecins peints...

 

Ce qui m'a troublé dans ma propre exposition, c'est que je l'ai trouvée bien plus intéressante que les accrochages que j'organise dans mon atelier deux ou trois fois par an... Bien sûr il y a la lumière, bien meilleure chez Laurence, le cadre domestique bourgeois aux proportions très épanouies, la confrontation aux tables, armoires à vaisselle, fauteuils et livres déjà en place. Il y a le fait d'accrocher devant quelqu'un, une collègue exigeante au regard affuté, qui me fait systématiquement reconsidérer mes choix initiaux.

 

Mais j'ai aussi constaté que j'ai renoué à cette occasion avec un fil que j'avais commencé à tirer dès 2016, peu de temps après mon arrivée dans la région bordelaise, à l'occasion d'une invitation de Christophe Massé à exposer dans son dispositif Sous la Tente. C'était une pièce de 3 mètres sur 4 qui, comme un studio d'enregistrement, disposait d'une fenêtre qui permettait d'en observer l'intérieur depuis la pièce à côté. J'avais disposé, déjà, des objets, et par la fenêtre je pouvais regarder les spectateurs s'en servir et devenir ainsi usagers. Tout était déjà là, y compris la théorie de l'art comme dispositif que je continue à échafauder et à dispenser dans mes cours.

 

Et quand j'ai eu mon atelier à Libourne, il y a deux ans, je n'ai rien fait d'autre qu'un cube blanc de plus. J'accroche proprement, on regarde sans toucher, on discute, on boit un coup, c'est un moment très agréable. Mais il manque la liberté d'activité qu'il y a eu chez Laurence ; je ne sais plus produire du désordre. 

 

Allez, on retourne au travail. 

dimanche 4 octobre 2026

L'ART DOMESTIQUE



 Vendredi 2 octobre 2026 à 18h, j'ai prononcé une conférence sur les objets peints dans l'histoire de l'art occidental : ceux qui conjuguent un travail de peinture et une utilité quotidienne, et qui inspirent mon travail d'artiste. Dans cette perspective, le musée est insuffisant à restituer toutes leurs dimensions aux objets et doit être doublé d'un conservatoire qui permettrait de conserver aussi les gestes qui leur sont associés.

Le texte (manuscrit) de la conférence a été édité à 20 exemplaires signés et numérotés. Il en reste quelques uns. 

SALLE DE LECTURE


 La salle de lecture dans le salon de Laurence Nourisson lors de l'exposition OBJETS, avec des livres uniques et des publications remontant pour certaines à 1998.

PLUME EN VERRE



 Ce carnet-ci est beaucoup regardé dans l'exposition OBJETS. C'est un ensemble de dessins d'animaux observés dans les zoos, que j'ai exécutés à l'encre de Chine.

Giovanni Luna m'avait rapporté de Murano une plume en verre dont le réservoir était une spirale entaillée autour de la pointe. J'ai adoré explorer le potentiel de cet outil dans ce carnet. Quelque temps plus tard, quand j'ai voulu m'en servir à nouveau, j'ai été incapable d'en tirer le moindre trait. J'avais perdu la main. 

ADDAMS FAMILY




 J'avais déjà réalisé des dizaines de peintures à partir de la série télé The Addams Family des années 1960 (avec Carolyn Jones, John Astin et Jackie Coogan) J'ai regardé en boucle en VHS l'épisode où la grand-mère Addams apprend à peindre sous les conseils de Sam Picasso. J'en ai réécrit tous les dialogues à la main sous le titre Une contribution à la théorie de l'art. 1998.

TRANSPORT D'ANIMAUX



Dans les années 1990, je parcourais les zoos avec la même passion que les musées. Je connaissais par coeur les prénoms des okapis de Cologne, Anvers ou Paris.

J'ai réalisé Tiertransport en 1998 : un ensemble de dessins, de photographies et de propos sur la relation entre la manière de montrer les animaux dans les zoos et celle de présenter les oeuvres d'art dans les musées. J'ai volé une préface à Nabokov. Exemplaire unique, à lire dans l'exposition OBJETS ou sur rendez-vous à l'atelier.
 

PLAYMOBIL









Trois petits cahiers dessinés en 1998. Les deux premiers représentent quelques artistes contemporains en Playmobil. Le troisième reprend des passages du catalogue de l'exposition Visions Capitales de Julia Kristeva au Louvre, puis une sélection d'oeuvres de Cindy Sherman, tout cela encore en Playmobil.